Jacob Cohen à propos de l’ingérence du parlement européen: les amis de BHL, le parlement juif européen et les satellites de l’OTAN , derrière

1768

AlgérieTouteHeure: Les autorités algériennes ainsi qu’une très grande majorité des algériens dénoncent l’ingérence du parlement européen dans les affaires internes de l’Algérie, qu’en pensez-vous?

Jacob Cohen:Ils ont parfaitement raison. L’Europe s’est instituée garante de la bien-pensance et des droits de l’homme dans le monde. Mais c’est à géométrie variable, ou à la tête du partenaire. La Russie on lui impose des sanctions pour avoir récupéré après un référendum favorable la Crimée, alors que le régime sioniste demeure intouchable. Ce sont les séquelles d’une pensée et d’une attitude coloniales. On ne se permettrait jamais une telle arrogance avec les Etats-Unis ou même l’Arabie Saoudite, un excellent client. Je pense en particulier à la France, berceau supposé des droits de l’homme et donneur de leçons. Le comportement insupportable de la police contre les gilets jaunes, les mutilations, les emprisonnements, et Macron qui ne supportait absolument pas qu’on lui rappelle les règles minimales du respect des règles de droit.

ATH: Selon certaines sources, l’ingérence du Parlement européen est liée à des accointances avec le mouvement séparatiste du MAK, et qui prépare le terrain à l’institution européenne de reconnaître l’autonomie de la Kabylie, quel est votre avis?

Jacob Cohen:Les institutions européennes, et donc son parlement, sont infestés par la présence de centaines de lobbies qui dépensent des milliards pour faire avancer leurs causes. C’est officiel et légal. Or on sait que les amis de BHL, le parlement juif européen et les satellites de l’OTAN y disposent aussi de pas mal d’influence. J’ai toujours pensé que les diverses formes de particularisme régional ou d’autonomie linguistique sont des outils aux mains de l’impérialisme pour peser sur la politique ou menacer les gouvernements en place. Qu’on se rappelle la manière dont on a exploité l’aspiration des Kurdes à l’autonomie.
Ceci étant dit, le parlement européen n’a quasiment aucun pouvoir. Il peut adopter toutes les résolutions qu’il veut. Il ne faut pas leur attacher trop d’importance. Le vrai pouvoir appartient au Conseil des chefs d’Etat ou de gouvernement.

ATH: Vous avez animé dernièrement des conférences à Téhéran, quelle est votre impression sur la situation en Iran, un pays ciblé par une campagne haineuse américano-sioniste?

Jacob Cohen:En 2018 j’ai été en Iran mais en province, à Mashad et Ispahan, et j’ai découvert une société pacifiée, harmonieuse, rieuse. Les gens sortaient le soir dans les parcs, on ne ressentait aucun sentiment de crainte ou de méfiance. Dans tous les contacts universitaires ou professionnels ou politiques, on cherchait à nous transmettre leur volonté de vivre dans la dignité et l’indépendance, quel que soit le prix à payer.
Je suis allé début novembre à Téhéran invité avec d’autres camarades à commémorer la prise de l’ambassade US à Téhéran le 4 novembre 1979. Malgré la méfiance qu’on peut avoir des médias occidentaux, on se construit une image d’un pays fermé et hostile, vindicatif et résigné. Et c’est encore une fois le réel qui vient démentir la vision apocalyptique que l’Occident veut imposer. Malgré les difficultés qu’on supposait, là où nous avons été, c’était une société qui voulait vivre et être heureuse, dans la ferveur populaire et spontanée parfois comme à l’entrée d’une mosquée à côté du bazar, ou dans la légèreté et la complicité de jeunes couples dans ce musée en plein air, ou lors de cet entretien plein de sagesse et d’humour avec un ayatollah.
Je sais bien que les relations internationales sont une jungle et malheur au vaincu, mais de vouloir détruire une des plus vieilles et des plus raffinées civilisations, et ça se ressent à tous les instants, pour des intérêts commerciaux et impériaux, relève de la bêtise humaine universelle et du crime contre l’humanité.

ATH:Aujourd’hui, on célèbre la journée internationale de soutien au peuple palestinien, quel est votre message?

Jacob Cohen:Je vais être cynique et méchant et je ne vais pas faire plaisir à de nombreux militants. Dans une relation sado-maso, pour qu’il y ait un maître il faut aussi un esclave. Le maître sioniste a trouvé le sien qui collabore pour un plat de lentilles à sa propre destruction, à sa propre humiliation, à sa propre disparition. Les accords d’Oslo sont une machine de guerre impitoyable contre ce malheureux peuple palestinien, pris entre le marteau sioniste et l’enclume de l’Autorité palestinienne, et qui assurent l’étranglement progressif et inéluctable de ce qui reste de la Palestine. Et cela se passe depuis 26 ans dans une quasi-indifférence générale et surtout celle des Etats arabes qui regardent ailleurs.

ATH:Le BDS serait interdit par les autorités françaises, qu’en pense l’auteur du printemps des Sayanim ?

Jacob Cohen:Aujourd’hui le sionisme est triomphant. Il impose sa logique et ses intérêts aux grandes puissances. Même l’Europe, 28 pays et 500 millions d’habitants qui ne reconnaissent pas les territoires occupés, enfin formellement, n’arrive pas à faire appliquer cette règle simple et de bon sens d’inscrire l’origine des produits venant de ces territoires. C’est dire à quel point elle est tétanisée par l’ogre sioniste. Aujourd’hui nous assistons à une nouvelle étape. Toute critique contre le sionisme sera assimilée à l’antisémitisme, et donc punissable par la loi, comme tout appel au boycott, notamment le BDS, de cet Etat impérial qui nargue la communauté internationale. Même à l’ONU, l’Etat sioniste marque des points décisifs. Cela étant, je ne vois pas l’avenir en rose pour cet Etat, qui ne peut que poursuivre dans cette logique d’empire. Intrinsèquement, cet Etat ne peut pas vivre dans une paix juste et raisonnable. Le rejet et la haine qu’il soulève s’étendent et s’approfondissent. Et ça se règlera dans un beau feu d’artifice dont l’Histoire nous a habitués.