Chakib Khelil évoque la réunion de Vienne, le retrait du Qatar, l’Iran et la visite de MBS

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A quelques heures de la tenue de la réunion cruciale de Vienne , regroupant les membres de l’OPEP et non-OPEP, AlgérieTouteHeure, s’est rapprochée de l’ancien ministre algérien de l’Energie et des mines, le docteur Chakib Khelil , qui évoque l’importance de ce rendez-vous, le retrait du Qatar, le retrait du Qatar de l’organisation, les menaces du président iranien, et les contours de la situation du marché international pétrolier à court terme.
AlgérieTouteHeure : Beaucoup d’incertitudes entourent la rencontre de Vienne, au sujet de la réduction des quotas de l’Arabie Saoudite et la Russie, Pensez-vous, qu’il est possible, le retour à l’accord de décembre 2016, dans un environnement géopolitique complexe ?
Chakib Khelil :Cette réunion de l’OPEP avec les pays non-OPEP sera difficile et complexe car elle doit trouver des solutions face à la position de la Russie qui considère un prix de 60 dollars le baril comme un prix raisonnable , celle de l’Arabie Saoudite qui souhaiterait un prix plus près des 80 dollars pour équilibrer son budget mais dont la décision reste suspendue à la bonne volonté du Président Trump relative à l’affaire Khashokji et la demande de Trump d’un prix bas qui servirait l’économie Américaine . De plus les USA sont devenus de nouveau le plus grand producteur mondial de pétrole grâce à l’augmentation inattendue du pétrole de schiste qui constitue une menace constante sur les parts de marché mondial pétrolier de la Russie et l’Arabie Saoudite. L’expérience des pays membres de l’OPEP et non-OPEP après la crise qui a suivi leur décision de Novembre 2014 de faire face au pétrole de schiste Américain a démontré sa futilité devant les avancées technologiques et économiques du pétrole de schiste Américain. Donc quelle que soit la décision prise à Vienne par les pays OPEP et non -OPEP , il est clair que le pétrole de schiste Américain continuera ses avancées inexhaurables dans la conquête de leur part de marché. Les pays OPEP et non-OPEP n’auront pas de choix mais de réagir en sauvegardant au mieux leurs intérêts en tenant compte de cette situation et en attendant des jours meilleurs qui tarderont à venir au vu des sanctions Américaines contre l’Iran qui risquent d’être plus dures après six mois, l’augmentation de pétrole de schiste Américain qui risque d’être plus élevée en 2019 et de la détérioration possible de l’économie Mondiale et par conséquent de la demande mondiale du pétrole suite à la guerre des tarifs avec la Chine . En conséquence et au vu que seules l’Arabie Saoudite et la Russie possèdent les capacités importantes d’excédent de production, ces deux pays trouveront à travers leurs relations privilégiées politiques et économiques mutuelles les moyens de stabiliser la production mondiale à travers une réduction d’au moins 1 million de baril par jour lors de la réunion de Vienne du 6 décembre. Cette décision permettrait d’atteindre des niveaux de prix avoisinant les 70 dollars le baril au début de l’année mais ce prix restera comme otage aux événements que j’ai mentionnés plus haut durant l’année 2019. Il faudrait donc s’attendre à une grande volatilité du prix du pétrole durant les prochains mois. Il restera à l’OPEP et ses amis non OPEP de rédiger une déclaration qui amadouerait Trump vis à vis de sa demande de prix bas du pétrole. L’Etat de l’Alberta du Canada a décidé de réduire sa production d’au moins 200 mille barils par jour ce qui est un signal fort d’un pays non membre de l’OPEP et qui encouragerait donc l’organisation vers une décision qui stabiliserait le marché mondial du pétrole. Finalement le taux d’inflation aux USA est plus faible que prévue par la Banque Fédérale Américaine et ceci devrait encourager Trump à mettre de l’ eau dans son vin concernant sa demande de baisse des prix.
ATH : La Qatar vient d’annoncer son retrait de l’organisation de l’OPEP, pensez-vous que d’autres pays le suivront, nous citerons l’Iran qui demeure opposé à l’Arabie Saoudite ?
Chakib Khelil :Non je ne le pense pas dans l’immédiat car le Qatar est un petit pays producteur de pétrole soit environ 600 mille barils par jour sur un total de 30 millions de barils par jour des pays de l’OPEP mais il peut devenir un exemple pour d’autres pays petits producteurs dont la voix n’est pas toujours bien écouté par l’Arabie Saoudite. Il faudrait signaler que les petits pays producteurs jouent un rôle important quant à leur contribution globale à une réduction importante des pays membres de l’OPEP durant la période où les prix du marché sont bas. Je pense donc que leurs avis seront mieux écoutés durant la prochaine réunion de l’OPEP et vont donc aider à encourager une décision des grands procureurs comme la Russie et l’Arabie Saoudite. Je ne pense pas que l’Iran un pays fondateur de l’OPEP sortira de l’organisation car elle aura beaucoup à gagner politiquement et économiquement en restant membre.
ATH : L’Iran, par la voix de Son président Rohani, vient d’annoncer qu’il n’exclut pas le recours au blocus du Golfe persique, pensez-vous que cette situation pourrait engendre de nouvelles hausses du prix du pétrole ?
Chakib Khelil :Oui définitivement car 17 pour cent du commerce mondial du pétrole transite à travers le Golfe. Mais une telle éventualité serait catastrophique pour l’économie mondiale et surtout pour la Chine qui est un pays très dépendant de l’Iran, l’Arabie Saoudite et l’Irak pour son approvisionnement pétrolier. L’expérience de la guerre des USA contre l’Iraq a démontré que nous savons comment un conflit commence mais on ne sait jamais comment il se terminera.
ATH :Le Prince héritier d’Arabie Saoudite Mohamed Ben Selmane, vient de visiter l’Algérie, aucune information n’a filtré au sujet d’un éventuel accord concernant la réduction de la production saoudienne, pourriez-vous nous dire en tant qu’expert en la matière, quelle est votre lecture ?

Chakib Khelil :Il est clair que l’Algérie a du discuter des différents scénarios avec les représentants Saoudiens concernant la nécessité de stabiliser le marché dans l’intérêt économique des pays membres soulevant en particulier les conséquences néfastes de prix bas sur leurs économies et le pouvoir d’achat de leurs citoyens pour les sensibiliser vers une décision que j’ai mentionnée plus haut .
Entretien réalisé par M.Mehdi