Concessions de milliers d’hectares à El Bayadh : Des prédateurs en costumes d’investisseurs ?

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Sur instruction du gouvernement, le wali d’El Bayadh, Khanfar Mohamed Djamel lance des inspections pour élucider l’affaire de concessions de milliers d’hectares de terres agricoles à certains hommes d’affaires en 2011 et 2012, sans résultats palpables, jusqu’à ce jour. Les regards sont focalisés sur l’American International Agriculture Group (AIAG) a signé un protocole d’accord avec le groupe Lacheb, le 8 novembre 2015, en vue d’investir en commun dans un projet agricole de grande envergure portant sur des objets divers entre Mostaganem et Brezina dans la wilaya d’El Bayadh. 20 000 hectares ont été accordés pour la concrétisation de ce mégaprojet à El-Bayadh, d’un montant de 67 milliards de DA, soit 600 millions de dollars.
Idem pour le Forum des Chefs d’Entreprises dirigé par Ali Haddad, et qui bénéficiera de 30000 hectares dans la commune de Brezina, wilaya d’El Bayadh, sans toutefois lancer un investissement à la hauteur de cette concession agricole.
L’énigmatique AIAG
L’expert algérien en questions financières, Ferhat Aït Ali, avait réalisé il y a plusieurs mois un travail d’investigation publié par le site Maghreb Emergent, sur le partenaire américain AIAG , ou il décortiquait dans le détail son identité le business plan du projet en affirmant que la partie algérienne pourrait être embarquée, par force avec engagement financier (800 millions de dollars), dans un projet aux contours douteux. «Ce qui est dénommé AIAG est une coquille vide», affirme Ferhat Aït Ali. L’économiste indique que l’investisseur américain «n’a aucune spécialisation dans le domaine agricole et surtout pas désertique».
Il note que «les actifs, le site web, l’adresse du siège ainsi que le passé fiscal, bancaire et d’affaires de ce groupe supposé ne laissent en aucun cas entrevoir qu’il dépasse le cadre d’une Sarl sans capital précis, plus spécialement créée pour ces projets algériens que versée dans cette activité bien avant». Aït Ali arrive aussi à faire le lien entre le patron de l’AIAG, Ted Ayash, et le programme Mentors and protégés lié à des branches de la sécurité américaine. Il est formel, l’AIAG «ne pourra jamais lever des fonds avec ses actifs, son statut et son envergure actuelle…
Le contrat est vicié, , et peut être dénommé comme on veut, mais pas comme une joint-venture» avait-t-il averti. L’économiste affirme en outre que les projets d’El Bayadh et d’Adrar peuvent nécessiter le pompage en eau «chaque année de l’équivalent du barrage de Beni Haroun sans aucune garantie de résultat». Et d’ajouter : «Pour nourrir en même temps un cheptel, de nature à produire 190 millions de litres de lait et 20 000 tonnes de viande, il faut tabler sur place pour un cheptel global de 22 000 vaches laitières et de 100 000 bovins, soit des besoins en terres pour le fourrage uniquement de l’ordre de 110 000 hectares, soit 770 millions de mètres cubes d’eau, par projet et 1,4 milliard pour les deux.»
La firme américaine AIAG et le responsable du conseil d’affaires algéro-américain n’ont pas tardé à répondre aux accusations d’Aït Ali. «AIAG est une société réelle et solide basée aux Etats-Unis… Elle est en règle avec son institution financière… Elle a réuni un consortium de sociétés américaines de premier plan pour apporter une solution intégrée à ses mégaprojets», indique la réponse de l’AIAG à Maghreb Emergent, avant d’inviter les médias pour la mi-mars à El Bayadh afin d’«observer et juger par eux-mêmes la plantation de la première phase de notre projet de 20 000 hectares».