Mohamed Laagab :Report des élections ; un intérêt national aux dimensions multiples

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Pour l’universitaire et politologue algérien Mohamed Laagab, le report des élections présidentielles du 4 juillet prochain, est un intérêt national pour des dimensions multiples.
Pour Laagab, la durée qui reste pour la tenue de l’élection présidentielle du 4 juillet prochain, qui est de l’ordre d’un mois et demi, confirme l’impossibilité de tenir la présidentielle pour des raisons constitutionnelle et politique. Son report pour des raisons constitutionnelle et politique devient indispensable. Pour Laagab, certaines voix qui plaidaient pour une période de transition, en dehors de la Constitution, revient à la charge, à tel point de faire croire aux algériens que cette transition inconstitutionnelle, nous mènera au paradis promis.
Même si la revendication d’organiser la présidentielle le 4 juillet prochain est légitime, dans la mesure où les Bensalah et Bedoui demeurent fort contestés et décriés, préconisée par ces voix, il en demeure qu’elles interprètent faussement l’article 102, sachant que le mandat de 90 jours de Bensalah s’expirera le 8 juillet prochain. Dans cette optique, l’institution militaire a depuis , plaidé pour des élections présidentielles, dans les plus brefs délais, sans fixer de date précise, en vue d’élire un nouveau président disposant de prérogatives constitutionnelles, pour entamer les réformes nécessaires, en vue d’édifier une deuxième république.
Parmi les lectures de l’article 102 de la Constitution, on trouve celle d’Abdallah Djaballah, président du FJD, qui préconise l’application d’une partie de l’article 102, concernant uniquement la démission de Bouteflika, et le reste devra se faire en dehors de la Constitution, à travers la constitution d’un Conseil Présidentiel regroupant cinq personnalités.
Une proposition qui comporte des dangers pour le pays compte tenu des divergences politiques et idéologiques. Par ailleurs, l’ancien président du RCD, Said Sadi estime que la fin de mandat de Bensalah est le 4 juillet prochain, faisant l’amalgame entre l’organisation de l’élection présidentielle, fixée par la Constitution à 90 jours, alors que l’expiration du mandat de Bensalah est liée au passation de pouvoir avec le président élu. Ceci dit, et son le défendre, Bensalah demeure Chef d’Etat, par la force de la Constitution, jusqu’à l’élection d’un nouveau président. Ainsi, il s’avère, que ceux qui font des lectures fausses de la Constitution, poussent au pourrissement. Par Ailleurs, Mohamed Laagab, note, que malgré la détermination de Bensalah à organiser la présidentielle du 4 juillet, il est quasi impossible de tenir un scrutin dans cette date pour les raisons suivantes
1- Poursuite du Hirak, refusant que les élections soient organisées par Bensalah et Bedoui, ce qui devra inciter l’institution militaire qui accompagne le volet politique, à sacrifier au moins le gouvernement Bedoui pour consolider la confiance entre le peuple et l’ANP
2-Sur les 73 candidats ayant déposé leurs candidatures, aucune personnalité n’est connue par le peuple algérien, sauf les trois candidats des partis du Front El Moustalbel, abdelaziz Belaid, belkacem Sahli de l’ANR, et Ali Ghediri.
3- Le boycott des consultations de Bensalah, par une grande majorité de la classe politique et de personnalités nationales, ce qui encourage le report de ces élections
4- le refus des magistrats et d’un nombre important de communes de superviser les élections
5- la non-installation d’une commission indépendante de supervision et d’organisation des élections, conformément à l’article 144 de la Constitution.
Compte tenu de ces données, il n’est pas exclu que l’institution militaire serait favorable à un report des élections, tout en maintenant sa position de rester fidèle au cadre constitutionnel, ce qui fait tomber la thèse de l’opposition favorable à une période de transition loin du cadre constitutionnel.
Ainsi, l’institut militaire demeure fidèle au diktat des urnes, tout en préconisant la mise en place de conditions adéquates pour la tenue des élections propres et transparentes dans les brefs délais, des élections susceptibles d’élire un président avec un ancrage populaire, jouissant de toutes les prérogatives constitutionnelles pour sortir le pays de la crise actuelle.
Le report des élections devra aussi permettre, selon le professeur Laagab, de poursuivre les opérations de lutte contre la bande, et ses relais à l’origine des dilapidations des deniers publics. La tenue d’élections, dans la conjoncture actuelle, donnera l’opportunité aux relais de l’Etat profond de les parasiter. Le report des élections sera bien accueilli par les algériens, et permettra de mettre hors d’état de nuire les manipulateurs des officines qui veulent détourner le Hirak de sa vocation pacifique, pour une confrontation entre l’ANP et le peuple. Ainsi, le report de la présidentielle du 4 juillet prochain, s’avère un intérêt national, même si certaines voix, de la période de transition, comme Said Sadi et Fatiha Benabbou, spécialiste du droit constitutionnel, continuent de plaider contre le report, le qualifiant d’anticonstitutionnel, en se référant à l’article 110 de la Constitution.
Dans le même sillage, il faut noter, l’existence de forts arguments constitutionnels, pour reporter les élections du 4 juillet prochain, indique Mohamed Laagab, à commencer par l’absence d’une commission indépendante de surveillance et d’organisation des élections, conformément à l’article 194 de la Constitution. Sur le plan politique, le report des élections est une revendication d’une grande partie de la classe politique et des personnalités nationales
Dans le même cadre, les élites nationales sont unanimes pour affirmer que le coût économique et social sera énorme si l’impasse politique persiste.