Quand l’architecte est relégué au rang de sous-traitant de l’urbanisme

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Les dysfonctionnements qui caractérisent les différentes activités du secteur de l’habitat et l’urbanisme, deviennent de plus en plus une menace, pour certains intervenants, relégués au rang de figurants, pour ne pas dire au rang de spectateurs.
AlgérieTouteHeure s’est intéressée, aujourd’hui au corps des architectes, dont le rôle d’intervenants, dans l’urbanisation ne cesse de rétrécir et de s’amenuiser face au pouvoir de l’argent. Les raisons sont liées selon les experts à cet ambitieux programme de millions de logements lancés depuis l’année 2000, par le président de la république, M.Abdelaziz Bouteflika. L’enjeu et la convoitise, de cet ambitieux projet, avec ses différents programmes de réalisation de logements, ont eu comme conséquence la disparition d’un nombre important de bureaux d’étude, contraints de mettre les clés sous le paillasson et de rejoindre la frange sociale de la précarité. Cette situation a fait réagir ces derniers temps, les architectes à travers le Conseil National de l’Ordre des architectes CNOA, et le ministre de l’Habitat, l’Urbanisme et de la Ville, Abdelwahid Temmar. Ce dernier a indiqué, il y a si peu de temps que son département ministériel est déterminé à mettre fin sur le monopole exercé par certains bureaux d’études sur la demande publique, évoquant le cas d’un bureau d’études qui aurait bénéficié d’un projet de 36000 logements.

Sur ce registre, le CNOA attend des actions, pour en finir avec le caractère rédhibitoire et exclusif de l’actuel cahier des charges, qui pénalise des milliers d’architectes. Lors de la tenue de la journée d’études organisée au Palais de la Culture Moufdi Zakaria sous le thème « Ouvres de Fernand Pouillon en Algérie, identité architecturale »,
le président du Conseil national de l’ordre des architectes (CNOA), Mustapaha Tebourtine a évoqué la problématique des cahiers de charges « rédhibitoires » qui entravent l’obtention des projets par les architectes, ajoutant que la majorité des architectes ne disposent pas de moyens pour obtenir la demande publique notamment les jeunes architectes.

Selon le responsable, la loi accorde aux architectes la possibilité de s’organiser sous forme de bureaux d’étude, chose qui n’est pas autorisée dans les cahiers de charge. M. Tibourtine a mis l’accent sur l’importance de préserver l’identité architecturale en Algérie tout en s’ouvrant sur les idées innovantes et les modes d’exécution modernes à travers la réhabilitation de la mission initiale de l’architecte. Dans le même cadre, le CNOA révèle les dysfonctionnement qui caractérisent le bon déroulement de leur activité, à savoir le non-respect des dispositions du code des marchés publics (décret présidentiel 15-247 du 16 septembre 2015)à travers ses articles 47 et 48,rédissant le concours, le recours des maîtres d’ouvrages publics à la procédure d’avis d’appel d’offres, ouvert, avec exigences de capacités minimales, au lieu et place de la procédure des concours ouverts ou restreints, qui est l’architecture.
Le CNOA dénonce au passage, les critères discriminatoires à l’égard des architectes agréés, les privant de participer, et d’accéder à la commande publique. Le CNOA dénonce également les exigences financières, jugées exorbitantes, destinées à écarter les architectes nationaux au profit d’une minorité de bureaux d’études, privilégiés. Dans le même sillage, il faut souligner cette entrave et aberrante exigence des moyens matériels et humains, destinée à écarter les architectes, de toute participation aux différents avis d’appels d’offres et consultations.

 

                    L’urbanisme des grues

 

Pour en savoir en plus sur les dysfonctionnements qui entravent le bon exercice de l’activité de l’architecte, AlgérieTouteHeure a sollicité M.Abdelkrim El Ghazi et M.Djamel Moula, Vice- présidents  des Conseils de l’Ordre des architectes d’Oran et Ain Témouchent, et qui ont dénoncé l’absence d’une politique efficiente pour promouvoir le rôle de l’architecte comme acteur et intervenant de premier ordre dans n’importe quel projet d’urbanisation. Pour Abdelkrim El Ghazi, l’architecte est relégué aujourd’hui au rôle de détenteur du cachet, pour confirmer sa précarisation. »L’architecte n’a aujourd’hui aucune marge de manœuvre face au diktat des entreprises chargées des réalisations des projets », rétorque Abdelkrim El  Ghazi, faisant savoir que les remarques de l’architecte concernant d’éventuels actes de non-respect du cahier de charges, ne sont jamais pris en compte, aujourd’hui pour des raisons toutes à l’avantage des entreprises réalisatrices des projets, en plus de cette volonté bien annoncée d’écarter les architectes dans les opérations de suivi.
Pour notre interlocuteur, nous assistons aujourd’hui à une urbanisation déterminée par les grues, où le respect des normes architecturales, et d’espaces de jeux, de détente, n’est plus d’actualité, confirmant davantage cette culture de cités dortoirs et cette imagination d’offrir aux citoyens une meilleurs qualité de vie.
Pour Abdelkrim l  Ghazi, les entreprises de réalisation, ne s’intéressent  qu’à gagner les parcelles des pioches foncières, pour construire le maximum de logements, sans tenir compte des normes garantissant la quiétude et le bon vivre au futur acquéreur du logement, sans parler de massacre urbanistique, à l’égard de l’identité des cités algériennes.

Pour Djamel Moula, pire encore, l’architecte est devenu un sous-traitant, utilisé uniquement pour compléter  la procédure administrative, dont le seul bénéficiaire est l’entreprise réalisatrice, particulièrement l’étrangère qui à travers cette situation, rapatrie des centaines de millions d’euros vers le pays, en laissant aux algériens un massacre urbanistique par excellence, et des cités invivables.
En conclusion, il faut dénoncer cette politique de marginaliser l’architecte, autrefois intervenant de premier choix, devenu aujourd’hui un simple détenteur de cachet, et cette stratégie de dépouiller l’Algérie de son patrimoine architectural, au profit du populisme d’urbanisation massive excluant le savoir, la créativité et le plaisir de vivre dans des cités aux commodités décentes. A bon entendeur !

M.Mehdi

 

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